Psychothérapeute, identité ou savoir être ?

1-Quand j’accompagne un client à mettre à jour son changement professionnel ou bien lorsque je lui fais travailler sa communication et sa sphère interpersonnelle ; on dira que je suis coach. Et pourtant…

 

Quand j’aborde une dimension plus globale de l’être. Quand, avec mon client, nous parlons de sa place sur Terre, de la relation de l’âme et le corps. Lorsque nous explorons la notion de temps, celui qui passe et qui mène vers la mort. Lorsque nous abordons des questionnements existentiels tels que «  quelle est ma place sur Terre, qui sommes-nous face à l’immensité de l’Univers ? » 

Alors là qui suis-je ? On dira que je suis philosophe. Et pourtant…

Je dirais Psychothérapeute, bien sûr puisque les origines lointaines de la psychothérapie c’est aussi la philosophie.

 

Quand nous explorons le passé et les relations parentales. Lorsque je fais entrer mon client en hypnose, lorsque je lui permets de s’explorer en état modifié de conscience. On dira que je suis hypno thérapeute. Et pourtant….

 

La frontière est floue et c’est bien notre problème aujourd’hui car le psychothérapeute va aussi bien accompagner son client dans ses difficultés professionnelles qui sont le reflet de troubles plus profonds que l’aider à travers des questionnements existentiels.
Le thérapeute va aussi émettre des hypothèses diagnostiques c'est-à-dire situer son client et non pas l’enfermer dans une case psychopathologique. Cela ne fait pas du psychothérapeute un psychiatre pour autant…et pourtant.

 

Comme le psychothérapeute n’a pas de stéthoscope autour du coup, on en déduira (et c’est tant mieux) qu’il n’est pas médecin et pourtant …

Parfois ses clients lui demanderont son avis sur certaines prescriptions de leur médecin. Positionnement bien inconfortable alors pour le psychothérapeute qui sait à quel point ce terrain est miné. Il se gardera bien de donner un avis tranché mais renverra en douceur au spécialiste.

 

Alors qui suis-je ? Avant d’être psychothérapeute, je suis une accompagnante. J’accueille et je chemine avec des êtres en plus ou moins grande souffrance. J’utilise des méthodes de psychothérapie certes mais n’était ce pas déjà ce que faisait Socrate alors qu’il disait « nous sommes des accoucheurs d’âmes ».

 

Je tiens tout de même au titre de psychothérapeute car j’ai une pratique, une existence, une place dans la société alors de quel droit me retirerait-on mon identité socioprofessionnelle ?

 

Je revendique le droit à ce titre car je ne fais pas autre chose que de la psychothérapie et c’est pour cela que les personnes viennent me consulter. Ils n’attendent pas de moi un diagnostic ni une froideur médicale. Ils n’attendent pas de moi un travail de coaching, ni une conversation philosophique.

Ils souhaitent un véritable accompagnement, un point d’ancrage, une personne ressourçante, une relation où ils sont autorisés à être eux-mêmes. Une relation où ils ne sont pas étiquetés, enfermés dans des cases ou des protocoles.

 

C’est la raison pour laquelle nous, psychothérapeutes devons continuer à exister. Si on nous dés-identifie (dans le sens ne plus avoir d’identité) qui sommes-nous ?

 

2-Où commence et finit la psychothérapie pour un psychiatre, pour un psychologue, pour un psychanalyste ?

Chacun aura une vision personnelle teintée de sa formation.
Alors oui il nous faut une réglementation afin d’éviter tout « charlatan » souhaitant s’approprier notre titre ; mais pourquoi laisserait-on des médecins s’approprier ce titre ?

Ce que les uns n’auront pas, les autres le récupèrent retirant du même coup l’usage et le titre à ceux qui en sont les bénéficiaires.

Si nous sommes évalués selon l’unique critère de notre cursus et de nos diplômes, que deviennent notre savoir être et l’art d’être thérapeute ?

Pourquoi nous évaluer selon notre C.V. et non pas en fonction de l’art et la manière d’être psychothérapeute ?

Car être psychothérapeute est un art.

L’art d’accueillir la personne, de l’écouter, d’entendre ce qu’elle a à nous confier. L’art de déjouer le piège des résistances, l’art de « jouer » avec le transfert et surtout l’art d’être flexible et inventif !

La psychothérapie est un art qui demande beaucoup de créativité et d’humanité et je ne pense pas que créativité et humanité en psychothérapie s’acquièrent en collectionnant les diplômes universitaires.

 

La profession est dans son adolescence.
L’Etat « parental » décide avec autorité quelque chose qui ne nous convient pas :

- Soit nous nous soumettons à cette autorité et nous ferons notre crise d’adolescence dans 20 ans. Nous obéirons ainsi à un processus infantilisant, contraints de passer devant des pairs qui ne sont que des cousins éloignés.

- Soit nous faisons une bonne crise bien saine et nous connaîtrons ce que Jung appelle l’individuation. Nous deviendrons alors autonomes et donc adultes, responsables et libres !

 

La plus grande des libertés serait de nous autoréguler. De convenir, toutes associations réunies, d’une charte déontologique, de critères, nous permettant d’exclure les personnes usurpant le titre de psychothérapeute.

 

Alors que décidons-nous de faire ?

Comment décidons-nous de traverser cette crise de croissance ?

Devons-nous, symboliquement, tuer le père pour exister pleinement en tant qu’adulte et ainsi pouvoir faire exister notre art ?

Pour ma part c’est décidé : je garde le titre de Psychothérapeute !

www.geraldyneprevot.com

 
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Géraldyne Prévot Gigant

Psychothérapeute

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Psychothérapeute, identité ou savoir être ?

Bravo pour cet article ! Je ne suis que sophrologue et je me reconnais dans tout ce que vous dites. Mais je crois aussi qu'il faut, au-delà de rechercher une approbation parentale de l'Etat (la loi) et des censeurs (certains du lobby médical), faire confiance aux consultants. J'ai reçu au cours de mon exercice des personnes suivies en parallèle par des psychiatres. Tous, et je dis bien tous, se sentaient frustrés de ne pouvoir parler parfois qu'une dizaine de minutes avec leur psychiatre. Je ne veux pas dire par là que tous les psychiatres agissent ainsi, loin s'en faut, mais que tant qu'il y aura des psychiatres de ce type, les psychothérapeutes auront du "pain sur la planche". Dans toutes les professions, ils existent des individus qui assument plus ou moins bien leur rôle. Tant mieux pour les patients de trouver encore des psychothérapeutes, car tout ce que vous apportez est très différent de la lourde machinerie pharmaceutique sur laquelle s'appuient les psychiatres. Faire valoir dans nos professions notre spécificité qui est l'écoute empathique me semble être un des critères à faire valoir parmi tous les critères qui nous différencient de ceux qui nous attaquent et que l'on devrait énumérer clairement sur une charte déontologique.
Quant à la démarche de se fédérer,bien sûr,mais je pense qu'il faur également faire peser dans la balance les voix des personnes qui préfèrent s'adresser à nos professions "non réglementées". Pourquoi ne pas recenser auprès de nos clients leurs témoignages par le biais de sondages, pétitions, etc...Nous devons mettre tous les atouts de notre côté et ne pas rester dans la défensive et la crainte de nous voir un jour ou l'autre éradiqué.
Surtout qu'à l'heure actuelle, certaines professions comme celle des sophrologues tendent à se fédérer et font remonter par l'intermédiaire de syndicats professionnels les demandes de légitimité qui sont les nôtres.
Exclure les charlatans serait du même ordre que vouloir supprimer les voleurs, les tricheurs, et autres escrocs de notre société. Tâche vouée à un échec certain ! Ne soyons pas naîfs, mais définissons positivement nos objectifs afin de crédibiliser notre voix auprès du gouvernement.
Cordialement