Le plombage au mercure va-t-il disparaître ?
C'est une première mondiale, pourtant peu médiatisée : en décembre 2007, la Norvège annonçait sa décision d'interdire le mercure ainsi que les amalgames dentaires ou plombages. La décision vient d'entrer en vigueur le premier janvier 2008.
La nouvelle ne peut que réjouir tous ceux qui se battent, souvent depuis des années, pour voir un jour le plombage au mercure banni de la dentisterie.
L'Europe divisée
La question du mercure, débattue depuis 2005, est loin de faire l'unanimité au sein de l'Union Européenne. Il y a d'un côté les pays nordiques (Allemagne, Autriche, Danemark, Suède) qui ont restreint l'usage du plombage et sont en faveur d'un plan destiné à éliminer complètement le mercure de toute préparation destinée aux soins. "Sachant que le mercure est un toxique polyvalent agissant à différents niveaux du métabolisme cellulaire, l’amalgame doit être considéré comme un matériau non adapté aux soins dentaires" affirme le rapport officiel suédois sur les amalgames*.
Tandis que ces pays sont sur la défensive à l'égard de tous composés mercuriels et veulent en interdire l'emploi, les autorités sanitaires françaises tiennent un discours inverse. L'AFSSAPS (Agence Francaise de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé) a récemment blanchi l'amalgame au mercure, estimant que le relargage de mercure est peu significatif.
Dans ce contexte, la décision de la Norvège a valeur d'exemple et se veut "un signal important à l'adresse de l'Union Européenne et des autres pays pour leur dire qu'il existe de bonnes alternatives au mercure" selon les termes du ministre norvégien de l'Environnement.
Que penser ?
Entre détracteurs et défenseurs du plombage qui se livrent une guerre acharnée, et ce depuis les débuts de l'utilisation du mercure en dentisterie, il n'est pas aisé de se faire une opinion.
Les défenseurs du plombage mettent en avant les qualités de résistance de ce matériau qui permet de réaliser des obturations durables à bon marché, tout en estimant que "les quantités de mercure présentes dans les amalgames sont inférieures au seuil toxique pour la santé"** (1 gramme de mercure pour une obturation de taille moyenne, à multiplier par le nombre total de restaurations présentes en bouche).
À ces raisons économiques, les détracteurs du plombage opposent des raisons médicales. De nombreuses études ont montré que le mercure n'est pas stable à l'intérieur de l'amalgame mais se libère progressivement avec le temps. Sa diffusion lente et régulière dans le corps est fort probablement à l'origine d'un nombre important de désordres allant du syndrome de fatigue chronique, au cancer en passant par les maladies auto-immunes et la maladie d’Alzheimer.
Quant à la Norvège, elle place le problème sur le terrain de l'écologie : pollution des sols, des nappes phréatiques et de l'atmosphère par les résidus mercuriels libérés post-mortem, lors de la crémation en particulier. "Le mercure fait partie des poisons les plus dangereux pour l'environnement" a souligné le ministre norvégien de l'Environnement pour justifier la décision de son pays.
Un choix personnel
Pour chaque patient, le choix se pose en ces termes: soit opter pour un amalgame intégralement remboursé par la sécurité sociale, avec le risque de s'empoisonner à petit feu et la certitude de nuire à l’environnement, ou bien faire le choix d’un matériau de remplacement moins polluant mais plus cher à court terme (résine composite ou céramique). Il est vrai que les matériaux alternatifs au plombage sont plus chers et moins bien remboursés par notre système de soin qui privilégie l'économie à court terme.
Pourtant, sur la durée, les nombreuses maladies causées par l'empoisonnement chronique au mercure font du plombage la cause d'un surcoût pour la collectivité en terme d'arrêt de travail et de remboursement de soins.
Il serait évidemment vain d'édicter une règle de conduite et il appartient à chacun de faire ses choix en toute connaissance de cause.
Plus encore que les décisions officielles, c'est l'attitude des patients consommateurs de soins, dictée par leur conscience du problème et leur conscience tout court, qui décidera de l'avenir du plombage en dentisterie. Chacun a le choix de refuser de laisser placer dans sa bouche un matériau qu'il estime nocif et aucun dentiste ne devrait jamais pouvoir l'imposer. Quant à ceux qui souhaitent faire déposer leurs plombages, ils doivent savoir que l'acte est loin d'être anodin et justifie une préparation et des précautions spécifiques.
Estelle Vereeck, auteur du Pratikadent, dictionnaire holistique des atteintes dentaires et de la biocompatibilité des soins
* Rapport de Maths Berlin, 2003
** AFSSAPS. Ce qu'il faut savoir sur les amalgames dentaires, mise à jour du 19 décembre 2005
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