Le livre, un compagnon pour l’enfant.

Les mots chantent  à travers la page, le livre est ouvert sur les genoux, sur la table, par terre ou sur le canapé. L’enfant, concentré, caresse l’histoire racontée dans le livre. Même si les adultes parlent, bougent, vont et viennent alentours ou s’absentent, le livre reste avec l’enfant comme un ami. Compagnon d’un jour ou compagnon de toujours ?D’abord, les mots, les textes sont lus à haute voix ; ils vibrent, sonores, et passent de la bouche de l’adulte à l’oreille de l’enfant qui les boit comme du petit lait. Papa, maman, père Cast… raconte nous une histoire !  Ces instants magiques font partie de la nourriture qu’on peut ingurgiter dés les premiers mois de la vie.

Puis les phrases décryptées à même la feuille par l’enfant si fier de découvrir le sens des mots, puis des idées, s’accumulent et s’amoncellent comme des trésors dans la mémoire de l’enfant. Elles lui permettent d’agrandir son langage, d’enrichir le vocabulaire qui traduira sa pensée. « Je pense donc je suis », dirait Voltaire. Si la pensée lui permet d’exister en tant que petit-être humain, l’enfant signale souvent, à bon escient  que : « Les animaux, eux, ne lisent pas ! »  Il a bien compris que les mots signifient  l’accès à la connaissance, ce qui est le propre de l’homme. Les histoires racontées et transmises permettent aussi à l’enfant de maîtriser le réel.Le récit accueille, accompagne, raconte à l’enfant son histoire et celle de son environnement.

Par les mots écrits, les images, l’enfant s’approprie le monde, à son rythme, progressivement. Avec le livre, il n’est pas seul dans cette exploration. Dans cette découverte, le livre le guide  tout en étant  à sa portée, en lui parlant son langage. Le plaisir et l’attention se lisent sur son visage ; il murmure parfois les sons à mi-voix comme s’il se parlait à lui-même. Un compagnon idéal sans doute.C’est vrai que les mots, les sons, les articulations et les histoires font parties de l’oralité de l’enfant. C’est dans la bouche que cela se passe, mais cela se produit aussi dans les images sensorielles, évoquées ou simplement suscitées, dans les représentations dégagées par les mots et les phrases. Dans  les émotions et les pensées exprimées au travers du récit, l’histoire prend sens. Le cœur de l’enfant est touché, il en redemande !

Le livre nourrit l’enfant, physiquement : il peut le toucher, le respirer, vibrer avec lui. Etes-vous déjà entrés dans une vieille bibliothèque : l’odeur des livres, le papier qui chuinte  entre les doigts, l’odeur du savoir ? Quel effet cela vous fait-il ? Quels souvenirs remontent  à votre mémoire ? De bons souvenirs, je l’espère. Bon, je sais, je suis un peu de la vieille école. Je sais que le livre, ça ne remplace pas la télévision ni les médias… Le livre est toujours disponible, on le reprend à la page où on l’a laissé, il respecte notre liberté. Moralement, le livre transmet à l’enfant des valeurs, des messages, qu’il a le temps d’intégrer ; il transmet l’espoir, l’endurance, une vision de la vie. Spirituellement, il prend le temps, il accompagne son âme.

N’importe quel livre n’est pas bon à mettre entre les mains des enfants, me direz-vous et vous aurez raison. Le livre pour enfant respecte nos valeurs les plus fondamentales, celles qui conduisent notre vie. Il tient compte de la sensibilité particulière des bambins et jeunes adultes en devenir. Le livre nourrit l’enfant. Il est choisi, généralement, par un adulte qui l’aime et qui lui offre ce présent, généreusement. L’enfant capte cette intention positive. Il en sera toujours  reconnaissant. Il sait aussi que c’est pour son bien ! Avec un peu de chance, le livre devient alors son copain, substitut de celui qui lui a offert. Cet adulte continue à vivre dans l’objet transitionnel.Le livre permet à l’enfant de raconter, de se raconter, mais aussi de se trouver, de se retrouver dans les personnages, de se connaître tout simplement. A travers les héros du livre, l’enfant se forge une identité. Tous, vous vous souvenez au moins d’un héros de votre enfance, qu’il soit tiré d’une bande dessinée, d’un film ou d’un texte sonore, créé d’un conte, d’un roman ou d’un film ? Souvenez-vous, ces héros auront bercé votre enfance et empreint votre personnalité naissante de qualités qui subsistent encore, à l’intérieur de vous. Allons, réfléchissez. Quel personnage aimiez vous très fort ? De quels traits lui appartenant avez-vous hérité ?

Un justicier …venu du bout de la nuit 

Tenter l’aventure…au galop

Son nom,… il le signe,…à la pointe de l’épée

D’un Z qui veut dire Zo… !

Les épreuves traversées ou les conflits résolus par vos héros vous auront montré des chemins, donné des permissions, exorcisé des monstres, stimulé votre courage et, en finalité, vous aura  peut-être permis d’accomplir ce pour quoi vous êtes fait. Vivre et mourir à certaines choses, vivre et grandir, se donner une mission, accomplir un projet…

Le livre est un ami. Parfois caché sous le drap, ou, trônant plus sagement au-dessus d’une étagère, plus souvent dans un rayon de sa bibliothèque – mais quelle chance il a cet enfant là - le livre contient toujours sa part de mystère. Devenus conscients, les gens peuvent leur donner un nom : celui-là s’appelle tendresse, un autre, aventure, ce dernier, amitié. Vous avez sans doute aimé un livre, un moment, différemment, comme on aime un complice. Car tout bon livre comporte au moins une qualité, et si, par malheur, il  n’en comportait pas, vous seriez avisés de le reléguer au fond d’une armoire. Quelques années plus tard, peut-être le relirez-vous sous un autre jour ? Un livre hermétique de prime à bord peut révéler à maturité des richesses insoupçonnées.  Vous avez déjà profité ainsi de la relecture d’un ouvrage qui, à la première approche, s’était révélé décevant. Ce n’était pas le bon jour, pas le bon moment pour LUI.

LUI, le livre, l’ami, le compagnon d’un moment. Qui n’a, en lisant telle ou telle incise, eut envie de graver dans sa mémoire quelques phrases, quelques devinettes, quelques blagues ou quelques rébus afin d’épater la galerie ? Quelques dictons, quelques rimes, quelques poésies apprises à l’occasion d’une fête, quelques citations chantonnées avec emphase ou servies au naturel dans les dîners de famille.L’enfant aime les mots. Non seulement les sons, les phrases enchantent ses oreilles. Voyez avec quel délice, parfois, il s’arrête sur certaines syllabes : striduler, colimaçon, brillantine…Voyez comme il aime les comptines. Mais les mots aussi lui  donnent de l’importance aux yeux des grands qui se penchent vers lui pour l’écouter. Voyez comme les grands raffolent des mots d’enfants…

Le livre d’enfant est aussi un compagnon de jeu. Quand dans l’activité de la journée, l’enfant prend un livre ouvert, il décide de mettre son corps au repos. Il cesse d’agir, ses muscles se mettent au ralenti, au diapason de son âme. Il découvre qu’il n’a pas seulement un physique, mais aussi un mental, une vie intellectuelle.  

Le livre l’aide à identifier, à comprendre, à parler, à évoquer pensées et sentiments. Il l’aide à saisir la réalité et ouvre aussi la porte à l’imaginaire. L’imaginaire : le début de toute pensée, mais aussi de toute action. L’imagination ouvre la porte au projet. Quelle profession n’est pas née dans un rêve, au détour d’une histoire lue, racontée ou expliquée par un adulte à l’enfant. Quel rêve ne s’est pas réalisé à partir de la parole donnée à l’enfant, ce petit d’homme.Et bien souvent, lorsqu’il a des soucis de famille, d’amis, ou de croissance, lorsque des évènements lourds pèsent sur son enfance, l’enfant trouve auprès du livre une présence, un réconfort. Cela lui permet de s’isoler, de prendre distance, de se recentrer, mais aussi de réaliser en pensée ce qui est difficile dans la réalité. De là à dire que le livre est thérapeutique, il n’y a qu’un pas que je franchis volontiers. Oui, certains textes sont réellement philosophiques ou thérapeutiques ; ils possèdent des qualités qui permettent à l’enfant de surmonter ses difficultés, de retrouver l’espoir, ou qui les aident à rire, à grandir, à aimer, à vivre, tout simplement.

D’aucuns me diront qu’écrire ou lire, c’est fuir la réalité. A ceux-là  je réponds que les mots traduisent aussi notre réalité. Ils permettent de communiquer notre vision du monde à l’autre qui peut y répondre. Il existe en outre une véritable amitié entre l’auteur d’un livre pour enfant et l’enfant lui-même. Car, à travers les images, à travers son langage, l’auteur montre à l’enfant qu’il le comprend ; il lui parle, il fait attention à lui… L’enfant le reconnait intuitivement, et, apprécie ou pas le cadeau, mais souvent,  il exprime son contentement. A condition que le livre ait été pour lui une véritable liberté. Un livre ne doit pas être imposé, mais proposé et… choisi.

Souvent, le  livre fait lien avec l’auteur, qui est tout de même une grande personne, et, s’il aime sa lecture, l’enfant la prendra avec lui et l’emmènera partout comme un doudou. Il y passera des heures.  C’est le plus beau cadeau que je leur souhaite.                                                                    Marie-Eve Mespouille, 6/6/9.

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M-E Mespouille, psychologue